- Une nouvelle discipline ? Non, un nouvel « enseignement de culture artistique partagée » comme le définit le préambule de l’arrêté d’organisation paru dans le BO n° 32 du 28 août 2008. Enseignement obligatoire de l’école primaire au(x) lycée(s), « il concerne tous les élèves, il est porté par tous les enseignants, il convoque tous les arts ».

- Le pluriel – histoire des arts – étonne, la formule histoire de l’art venant spontanément à l’esprit. L’histoire des arts n’est pourtant pas la déclinaison scolaire de la discipline universitaire qu’est l’histoire de l’art. Les méthodes exigeantes et rigoureuses de cette discipline doivent bien évidemment nourrir la réflexion des professeurs lorsqu’ils abordent avec leurs élèves une œuvre peinte, une sculpture, une architecture mais l’enseignement scolaire de l’histoire des arts ne peut s’y résumer. Relisons un autre extrait du préambule. « Son objectif est de donner à chacun une conscience commune : celle d’appartenir à l’histoire des cultures et des civilisations, à l’histoire du monde. Cette histoire du monde s’inscrit dans des traces indiscutables : les œuvres d’art de l’humanité ». Qui dit culture et civilisation élargit nécessairement le champ de la curiosité au-delà des « Beaux-arts » vers la musique, le théâtre et les arts du spectacle, la poésie et la danse, la littérature, les arts décoratifs et ceux du quotidien etc. Qui dit culture et civilisation dit aussi nécessairement dialogue entre les arts et mise en contexte, artistique certes, mais aussi sociale, politique et économique.

- Le terme « histoire » appelle quelques précisions. L’ambition serait limitée s’il s’agissait d’assurer un simple classement chronologique des œuvres d’art. Prenons un exemple : historiquement, l’important n’est pas qu’un élève sache que Lully a vécu de 1632 à 1687 mais qu’il identifie ce musicien à la cour et au pouvoir de Louis XIV, aux comédies-ballets de Molière dont il compose la musique, au rayonnement durable de la musique française en Europe etc. L’histoire n’est pas d’abord un classement des faits mais un travail sur les traces du passé : une œuvre d’art est en elle-même une de ces traces et porte en elle la trace d’autres œuvres qui l’ont précédée, qu’elle en assure la continuité ou cherche avec elles la rupture. Un autre exemple simple. Faire découvrir les colonnes de Buren à des élèves de sixième dont le programme d’histoire des arts doit porter sur l’antiquité ne choque en rien l’historien qui trouve là, revisitées, les traces des colonnades antiques.

- L’idée selon laquelle cet enseignement est assuré depuis toujours par les disciplines artistiques mais aussi par les professeurs de français et d’histoire et géographie est communément développée…non sans raison. Les élèves ne vont pas découvrir « enfin » la culture et l’art avec l’histoire des arts. Instituer cet enseignement est néanmoins l’occasion d’affirmer l’importance de la culture artistique sous toutes ses formes dans le parcours de formation de l’élève, c’est aussi mettre explicitement en cohérence les apports des différentes disciplines.

- Autre idée, voire autre crainte, l’histoire des arts va se substituer à la pratique qu’elle soit plastique ou musicale. Entendons nous bien, la pratique doit demeurer au cœur des disciplines artistiques au collège comme à l’école primaire. Sans elle le contact « sensible » avec les œuvres se verrait amputé. Il faut au contraire envisager un va-et-vient permanent entre histoire des arts et pratique artistique. Prenons une fois encore un exemple simple. Qu’elle précède ou suive une visite au département des sculptures d’un musée, la réalisation par les élèves d’une production en trois dimensions peut seule leur permettre de s’interroger concrètement sur la question de l’équilibre des volumes, de la mise en espace, du choix des matériaux, etc.