Quelle vision de la Chine apparaît dans les arts décoratifs français du XVIIIe siècle ?
Comment le goût pour les chinoiseries se manifeste-t-il dans le divertissement chinois des « Paladins » de Rameau ?

I. Les motifs de l'iconographie chinoise repris dans les arts décoratifs du XVIIIe siècle

Quelle vision de la Chine apparaît dans les arts décoratifs français du XVIIIe siècle, à partir des peintures et tapisserie visibles au Château de Champs-sur-Marne ?

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Les TraAM en histoire des arts
Portail national HDA : http://urlc.fr/HOSycd


Objectifs :

  • Comprendre comment et à partir de quelles sources se construit la vision des Européens sur la Chine, puis comment les motifs sinisants investissent tout le domaine des arts décoratifs, du simple objet aux boiseries d’un salon.
  • Introduire la notion de circulation artistique.

Documents étudiés :
- 2 gravures parues dans des ouvrages de missionnaires jésuites.
- Tapisserie de la manufacture de Beauvais, d’après un carton de Jean-Baptiste Monnoyer, L’empereur de Chine en voyage, XVIIIe siècle, fumoir du Château de Champs-sur-Marne.
- Peintures de Christophe Huet,« salon chinois », Château de Champs-sur-Marne
Ces documents, hormis les gravures, sont consultables sur le site de la base Regards du CMN

Mise au point scientifique donnée aux élèves :

  • Depuis l’Antiquité, le goût pour les pays lointains et notamment l’Extrême-Orient alimente tous les fantasmes, depuis l’ouverture de la route de la soie au IIe siècle av. J.-C. Au XIIIe siècle, le Vénitien Marco Polo, au service de l’empereur mongol Kubilay Khan, rapporte dans son Livre des Merveilles des récits mythiques de ce royaume lointain. Ce livre est à l’origine en Europe d’un véritable mythe de l’Orient qui attise toutes les curiosités jusqu’au voyage de Vasco de Gama vers les Indes en 1498.
    On peut aussi faire des liens avec le cours d’Histoire sur les voyages de découvertes ou sur Byzance mais aussi au cours sur Pékin et la Chine fermée aux Européens.
    Mais il faut attendre la parution de deux ouvrages, celui du Hollandais Jan Nieuhoff (1665) et celui de l’Allemand Athanasius Kircher (1667), pour voir des estampes sur l’architecture chinoise, parfois un peu fantaisistes. Le concept de « décoration à la chinoise » est assez flou mais la « chinoiserie » touche alors tous les arts : architecture, textile, tapisserie, mobilier, faïence et porcelaine. Le mot « lachine » devient synonyme de curiosité et est à l’origine du terme de « chineur  ».
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Intérieur de Temple avec Pagode
Intérieur de Temple avec Pagode, in « L’Ambassade de la Compagnie orientale des Provinces-Unies », Jan Nieuhoff, 1665


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Portrait du père Adam Schall
Portrait du père Adam Schall, in « La Chine illustrée », Athanasius Kircher, 1670
  • Le terme de « chinoiserie » n’apparaît que vers 1845 pour désigner dans le Dictionnaire Larousse « une construction mesquine et surchargée de détails de mauvais goûts » ou « action ou parole de Chinois, bizarrerie, extravagance », c’est dire si le terme est alors largement péjoratif à un siècle où l’engouement pour ce type de motif est passé de mode.
    Sous le règne de Louis XIV, les soyeux français utilisent des motifs sinisants pour lutter contre la concurrence chinoise : motifs végétaux, pagodes, petits personnages coiffés à la chinoise forment les caractéristiques d’un goût pour ce que l’on considère alors comme « exotique ». Ces productions s’inspirent justement des ouvrages de Kircher et Nieuhoff qui popularisent un certain nombre de modèles que l’on retrouve sur la tapisserie visible dans le fumoir et intitulée L’empereur de Chine en voyage, comme ce portrait du père jésuite Adam Schall dans La Chine illustrée de Kircher parue en 1670 ou ce dessin de pagode de Nieuhoff dans L’Ambassade de la Compagnie orientale des Provinces-Unies en 1665. Il faut rappeler que les missions jésuites ont eu un rôle important pour permettre une interpénétration entre Occident et Orient : le père jésuite est d’ailleurs représenté en mandarin de la cour impériale plus qu’en clerc occidental.

Que font les élèves ?
-  Lieu : salle de classe et salle informatique
-  Temps : 2h

1er temps : analyse de la tapisserie L’empereur de Chine en voyage

  • A partir des gravures et de la tapisserie visible au Château de Champs-sur-Marne (voir site de la base Regards du CMN), les élèves relèvent les sources d’inspiration chinoise de la tapisserie (père jésuite et pagode) et ce qui dans la scène pourrait se rapprocher de l’entrée de Louis XIV à Strasbourg (voir tableau ci-après de Constantyn Francken (1661-1717), Remise des clefs de Strasbourg à Louis XIV le 23 octobre 1681, non daté, musée historique de la ville de Strasbourg).
  • Les élèves peuvent aussi comparer cette représentation de l’empereur chinois Kangxi avec celle visible sur le site de la BNF : http://expositions.bnf.fr/chine/grand/c123h.htm
  • L’analyse s’achève par un schéma pour définir le terme de chinoiserie : influences de Chine et proximité avec ce que connaissent les Européens (mise en parallèle de l’arrivée de Kangxi avec le modèle de l’entrée royale du roi Louis XIV, visible dans les tableaux et surtout les almanachs qui circulent en France).
    + ajout du professeur : certains éléments de la tapisserie sont fantaisistes et doivent éveiller chez le public le goût du merveilleux (divinité peu visible en haut à droite et végétation luxuriante inventée, animaux très colorés).
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L’empereur de Chine en voyage
« L’empereur de Chine en Voyage », tapisserie de la manufacture de Beauvais, XVIIIe siècle, Château de Champs-sur-Marne.
http://urlz.fr/2vfE

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Remise des clefs de Strasbourg à Louis XIV
Constantyn Francken, « Remise des clefs de Strasbourg à Louis XIV le 23 octobre 1681 », non daté, Musée historique de Strasbourg
http://urlz.fr/2vh3

2ème temps : analyse de peintures sur bois de Christophe Huet

  • Le but est de réaliser une exposition problématisée qui pourrait s’appeler : « Des chinoiseries au Château de Champs-sur-Marne : quelle vision de la Chine au XVIIIe siècle ? »
  • Les élèves ouvrent le site de la base Regards et tapent dans l’onglet Rechercher « champs sur marne salon chinois » pour observer les différentes peintures ; ils en choisissent une, en réalisent le cartel d’exposition et commentent la scène représentée en se demandant en quoi elle est une chinoiserie (attention certaines scènes représentant des personnages en turban sont plus proches des turqueries).
  • Ils peuvent imprimer le document en couleur (si possible) et le coller sur une affiche grand format papier Canson au grain épais et devenir des commissaires d’exposition en réalisant pour l’image choisie le cartel correspondant et son analyse.

Consignes données à l’élève :

  1. Je réalise le cartel (auteur, titre, date, dimensions si possible, lieu)
  2. J’explique en quoi la scène est une chinoiserie (source d’inspiration chinoise, modèle européen comme les jeux du XVIIIe siècle tels que colin-maillard, goût pour le merveilleux : cf. schéma construit après l’analyse de la tapisserie).
  3. J’explique le message du peintre en contextualisant la scène avec le lieu d’exposition qu’est le château (rapport avec une maison de campagne qu’est le château de Champs pour le duc de la Vallière, ami de la Pompadour, qui commanda ces décors peints à Christophe Huet) et les références visibles (sources d’inspiration et formes de liberté prises avec les représentations de thèmes orientaux : chasse à l’autruche par des Turcs en turban, chiromancienne proche de la figure de la gitane, chinois couverts de chapeaux pointus et portant nattes et moustaches tombantes).

Description à l’usage du professeur pour guider les travaux des élèves :

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Boiseries du salon chinois
Christophe Huet, « Salon Chinois », 1748, Château de Champs-sur-Marne


Les boiseries peintes du salon chinois offrent des saynètes qui rappellent les activités liées à la maison de campagne : les panneaux donnant vers le fumoir évoquent le jardinage (transport d’un oranger sur le haut de porte), les panneaux de la porte donnant au salon rouge représentent des scènes de pêche, la chasse étant représentée sur les panneaux à droite de la cheminée (chasse à l’autruche ci-contre mais aussi chasse au faucon, chasse de petit gibier avec chien). Quant aux jeux champêtres, ils sont évoqués à l’angle de la pièce, entre les fenêtres (colin-maillard, jeu de raquette), à l’angle proche du fumoir (tir au pigeon et jeu sur une mule). Sur le panneau supérieur, à gauche du miroir proche du fumoir, on assiste à un jeu de cabrioles et de cerceaux alors que les panneaux inférieurs évoquent musique et danse (Bacchus dansant, musiciens). Sur le panneau de gauche ornant la porte menant au salon rouge, le jeu est poussé au badinage amoureux voire même à l’érotisme. Le ton est donc donné : on vient dans cette maison de plaisance pour s’amuser, danser, écouter de la musique, profiter des plaisirs de la nature et badiner. Toutefois, ces représentations naïves sont fantaisistes, comme les représentations physiques des Chinois, plus ou moins hasardeuses (chapeau chinois, natte tressée) et les Orients sont mêlés en une vision exotique (gitane, Chinois ou Turcs). Christophe Huet, peintre animalier, s’est aussi attaché à représenter de nombreux animaux dans les panneaux inférieurs (chiens et oiseaux exotiques mais aussi singes anthropomorphes comme dans la Grande singerie du Château de Chantilly).

II. Les motifs de l'iconographie chinoise repris dans l'opéra du XVIIIe siècle

Comment le goût pour les chinoiseries se manifeste-t-il dans le divertissement chinois des Paladins de Rameau ? Peut-on percevoir une identité sonore et musicale qui puisse compléter le goût des chinoiseries qui se manifeste au niveau des costumes, des décors et de la narration ?

Oeuvres :
Les Paladins, acte III, divertissement chinois avec l’animation des Pagodes, Jean Philippe Rameau, 1760.

Notions musicales travaillées :
- Pentatonisme
- « Mode chinois »

1°) Découverte du livret fantaisiste fondé sur le merveilleux qui se prête à toutes les métamorphoses géographiques et historiques (genre de la comédie lyrique).

Livret attribué à Jean-François Duplat de Monticourt d’après, Le Petit chien qui secoue de l’argent et des pierreries, tiré de la IIIe Partie (1671) des Contes et Nouvelles en vers de Jean de la Fontaine.

Objectifs  :

  • Repérer à partir du livret de cette comédie ballet tous les éléments qui contribuent à façonner un univers renvoyant à un « Ailleurs ».
  • A partir des métamorphoses géographiques et imaginaires, les élèves sont amenés à percevoir que la notion « d’Ailleurs » peut revêtir plusieurs formes complémentaires. Le librettiste transporte les spectateurs français du XVIIIe siècle dans un Moyen Age idéalisé, dans des contrées lointaines et exotiques par des jeux de déguisements et de métamorphoses dans un univers merveilleux.

Que font les élèves ?
Pister à partir de la lecture du livret (résumé du livret ci-dessous) tous les éléments dramaturgiques qui permettent de basculer dans un « Ailleurs ». et les classer. (activité à réaliser sous forme de tableau synthétique, par petits groupes de deux ou trois élèves, environ 15- 20 minutes).

Ailleurs historique Ailleurs géographique Ailleurs relevant du merveilleux
Transposition dans la période du Moyen Age

Cérémonie des pèlerins.

Divertissement des Troubadours et Ménestrels.

Amour idéalisé entre Atis et Argie.

Vénitie/ Château médiéval.

Palais chinois.

Divertissement chinois avec danse des Pagodes.

Apparition de l’esclave maure

Personnage de la fée Manto.

Déguisements en démons

Métamorphose de Manto en esclave maure.

Résumé du livret des Paladins :

Livret attribué à Jean-François Duplat de Monticourt d’après Le petit chien qui secoue de l’argent et des pierreries tiré de la IIIe partie des Contes et nouvelles en vers de Jean de la Fontaine.
Outil pédagogique à distribuer aux élèves pour réaliser le classement souhaité.

Acte I
Au Moyen Age, en Vénitie, Argie vit, avec sa suivante Nérine, enfermée dans un château par son tuteur Anselme qui veut l’épouser. Mais elle aime le paladin Atis qui est protégé par la Fée Manto. Ce dernier s’introduit chez Argie déguisé en pèlerin et bat son gardien Orcan, forcé de s’enrôler après une cérémonie comique, dans la troupe des faux pèlerins.
Acte II
Dans un hameau près du château, Anselme feint de consentir au mariage d’Argie avec Atis, mais demande à Orcan de la faire périr. Les Paladins, déguisés en démons, interviennent, puis, reprenant leur forme, organisent avec leurs Dames, les Troubadours et les Ménestrels de la suite d’Atis un divertissement, troublé par l’arrivée d’Anselme et de ses serviteurs.
Acte III
Anselme se dispose à attaquer le château où les Paladins se sont enfermés mais la Fée Manto transforme les lieux en un palais dans le goût chinois. Elle paraît « sous une forme équivoque, ni mâle ni femelle » d’un esclave maure. Danses de Pagodes (statues animées). La Fée réunit Argie et Atis et tout se termine dans un divertissement chinois.

2°) Écoute musicale : divertissement chinois avec animation des Pagodes, acte III, scène 2
- Temps : activité qui dure environ 30 minutes ; l’écoute s’écoule sur 3 minutes environ.

Objectif :
Peut-on parler d’exotisme dans cette page musicale ?

Que font les élèves ?

  • Avec l’aide du professeur, les élèves découvrent le mode pentatonique que Rameau signale et définit dans son Traité. Sur un piano, il suffit de jouer les touches noires du clavier pour retrouver les 5 notes de cette échelle musicale. Quelques élèves volontaires pourront volontiers venir improviser une petite mélodie au piano (ce qui suppose naturellement de disposer d’un clavier). Jeu d’écoute de trois petits extraits pour apprendre à identifier le mode sous forme de quizz, par exemple : une musique traditionnelle chinoise, extrait du second mouvement du Concerto pour piano n°5 dit l’Egyptien de Saint-Saëns, extrait de l’Enfant et les sortilèges de Ravel avec la scène de la Tasse chinoise...
Cocher la/les bonne(s) réponse(s) :
♫ mode pentatonique
♫ musique chinoise
♫ musique européenne avec instruments européens
♫ métissage de musique européenne et de musique chinoise
♫ instruments extra européens
  • Lecture de deux extraits du Code de musique pratique , traité théorique de Rameau publié en 1760 pour en déduire une connaissance théorique de la musique chinoise de la part du compositeur ainsi que le fait qu’il possédait un instrument accordé selon le mode chinois (cet extrait, de par sa difficulté, doit être travaillé et encadré avec le professeur pour une compréhension adéquate).
  1. « Les Chinois, ainsi que Pythagore, tirent leurs systèmes de la seule progression triple ; ils veulent qu’il n’y ait que cinq tons dans leur « la », qui signifie apparemment système, échelle, gamme ou mode. »
  2. -Cet ordre de notes « se trouve dans un orgue de barbarie, apporté du Cap de Bonne Espérance par Mr Dupleix, dont il a eu la bonté de me faire présent, et sur lequel peuvent s’exécuter tous les airs chinois copiés en musique dans le IIIe tome […] de l’Histoire des voyages, par l’Abbé Prévôt, ce qui prouve assez que ce dernier « La » règne depuis longtemps dans la Chine. »
  • Écoute de l’extrait musical  : rien dans la musique ne sonne comme venant d’ailleurs. Pas d’instrument insolite (malgré une orchestration intéressante et riche pour l’époque), pas de mélodie teintée de pentatonisme, aucun élément musical qui puisse évoquer un univers musical chinois. Aucune volonté de la part du compositeur de recréer un univers musical chinois malgré des connaissances certaines dont il disposait en la matière. [1]. Le chapitre de ce Code de la musique pratique peut-être éventuellement exploité avec les élèves pour permettre de s’interroger sur les notions de « nature et culture ».
    L’écoute proposée permettra de revoir avec les élèves des caractéristiques du style baroque : ensemble de cordes frottées avec un clavecin, une basse continue (ligne mélodique de basse qui sert de socle à l’édifice musical, qui est jouée en continue au minimum par un instrument grave tel que le violoncelle, la viole de gambe, et doublée par un instrument polyphonique tel le clavecin qui réalise les accords indiqués au dessus des notes par des chiffrages).

3°) Étude comparative entre la version des Paladins dirigé par William Christie, avec le travail du vidéo-chorégraphe José Montalvo (production donné au théâtre du Châtelet en 2004) et les décors et costumes imaginés pour la création en 1760.

Objectif :
Comment l’exotisme chinois fut-il représenté visuellement lors de la création des Paladins en 1760 ?

Que font les élèves ?

  • En regardant l’extrait vidéo consacré au divertissement chinois (acte III scène 1 + acte III, scène 2, air pour les Pagodes) dans la version William Christie/ José Montalvo, les élèves repèrent les éléments d’originalité de cette interprétation et s’interrogent sur cette mise en scène en s’appuyant sur leur approche sensible de l’œuvre et en étayant leur réflexion par la citation de William Christie (qui est présentée dans un second temps).

Correspond- elle à ce qu’ils avait imaginé en découvrant le livret et la musique ? Pourquoi selon eux ce choix ? Peut-on considérer que cette mise en scène invite à un voyage exotique ? (environ 3 premières minutes)
A partir des observations spontanées, les élèves proposent un nouveau classement des éléments visuels qui renvoient à des Ailleurs : costumes, décors, chorégraphies, postures, vidéos.

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Acte III, scène 1, un palais dans le goût chinois
. Photogramme extrait du DVD « Les Paladins » dirigé par William Christie

« Un palais dans le goût chinois, ouvert de tous côtés, et situé au milieu d’un jardin, succède à la décoration précédente ; le dedans du palais est orné de plusieurs groupes de figures de la Chine »

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Acte III, scène 1, apparition de la fée Manto sous la forme d’un esclave maure
Photogramme extrait du DVD « Les Paladins » dirigé par William Christie


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Acte III, scène 2, air pour les pagodes
Photogramme extrait du DVD « Les Paladins » dirigé par William Christie


William Christie propose une interprétation musicale « historiquement informée », telle une reconstitution historique qui puisse être le plus proche de la version donnée en 1760 à l’Académie royale de musique alors que José Montalvo propose une relecture de l’œuvre très moderne : références aux parterres et aux jardins de Versailles qui se mêlent à des projections d’éléments éparses. Effet de dédoublement entre les danseurs qui sont sur scène et ces mêmes danseurs qui sont filmés avec des jeux de métamorphoses soulignés par la technologie utilisée. La danse aussi mélange plusieurs univers stylistiques : danse baroque, acrobaties, hip hop…
Citation de William Christie :
« Ne cherchons ici ni cartésianisme invraisemblance. Les Paladins sont une invitation au voyage dans un imaginaire délirant ». Le journal des Arts Florissants, septembre/décembre 2006.

  • Observation d’un costume imaginé pour le divertissement chinois des Paladins. Les élèves repèrent les éléments considérés comme exotique et chinois : le chapeau pointu, les moustaches fines et la petite barbe, les plumes, le costume ample et bigarré, les pompons ou clochettes.
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    Le costume imaginé pour le divertissement chinois des Paladins


    Les élèves peuvent constater que les costumes et décors proposés pour la création en 1760 sont tout aussi fantaisistes que ceux de la version de José Montalvo, servant davantage une création imaginaire entre rêve et réalité, dans lequel des motifs du XVIIIe siècle français comme des motifs sinisants s’entremêlent pour créer un univers imaginaire.

Conclusion générale pour cette étude des Paladins de Rameau :
Bien que marquant une attirance particulière pour ce qui est lointain et étranger, les œuvres lyriques françaises (et européennes) du XVIIIe siècle ne proposent aucune forme d’exotisme musical pour évoquer la Chine. Certes, l’imagination est à l’œuvre et les chinoiseries sont à la mode ; elles sont présentes dans les divertissements dansés des opéras. Cependant, cela se traduit là encore par des costumes et des décors assez fantaisistes et peu crédibles. Un chapeau pointu peut suffire à évoquer un costume chinois. L’authenticité n’est pas recherchée et le vraisemblable est sacrifiée au profit de l’effet.


Annexe de documents en direction des professeurs

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Annexe de documents

Notes

[1Dans le Code de musique pratique, Rameau s’étonne que les Chinois puissent apprécier et goûter une musique qui selon lui n’est pas fondée sur les lois naturelles acoustiques. En musicien des Lumières proches des Encyclopédistes, Rameau a consacré une partie de son existence à de nombreuses recherches sur la musique en tant que phénomène physique.