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Les TraAM en histoire des arts
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La relecture de Rodin

L'épisode de Paolo et Francesca

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Le Baiser, A. Rodin


A.La relecture de Rodin : Le Baiser

Objectif  :
Étudier l’évolution des représentations du Baiser afin de montrer la genèse de l’œuvre qui se réalise en plusieurs étapes.

Que font les élèves ?

Les élèves sont invités à observer à l’aide d’un questionnaire quatre œuvres :

  • Le dessin : Le cercle des amours, 1880-81.
  • La sculpture : Le couple enlacé, bronze, 1886.
  • La sculpture : Paolo et Francesca, bronze, 1887.
  • La sculpture : Le Baiser, 1887.

IL s’agit de relever les détails significatifs qui les frappent et de noter leurs impressions. Dans un second temps, ils réfléchissent à définir une évolution chronologique en justifiant leur(s) proposition(s) ; les élèves pourront si ils souhaitent en émettre plusieurs. La confrontation dans un dernier temps entre l’évolution du travail de Rodin présentée par le professeur et les hypothèses des élèves permet une dernière analyse nourrie par de nouveaux arguments.
L’analyse plastique de ces œuvres est disponible dans les ressources complémentaires présentées en annexe.

Analyse plastique du Baiser, marbre, 1,836 X 1,105 X 1,183 cm, Paris, musée Rodin, 1887. (Diapositive 11, en annexe)

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A.Rodin, Le Baiser,1887, musée Rodin
http://art.rmngp.fr


La sculpture : Le Baiser, 1887.
  • À ce point là, la sculpture devient indépendante de la Porte de l‘Enfer.
  • Il s’agit d’une sculpture en marbre en taille directe. Il est intéressant, de ce point de vue, d’observer les différences de traitement entre le socle et la partie principale, cette dernière étant lissée, très finie, tandis que le socle porte encore les traces des outils. On voit la sculpture se dégager du bloc de marbre (on retrouve ici l’idée du non finito).
  • Les corps sont attirés l’un vers l’autre par un mouvement puissant.
  • On retrouve la torsion et enlacement des corps, mais à la verticale comme dans le dessin.
  • Les lèvres ne se touchent pas : idée d’un instant suspendu et précieux.
  • Il faut, bien sûr, souligner l’érotisme de cette sculpture qui exprime de façon très direct la passion amoureuse : la posture des corps, l’intensité des expressions, le baiser lui même, etc.
  • Impression de légèreté (personnages semblent flotter) et d’union des corps (se retrouvent dans un même volume) : ils semblent ne plus faire qu’un. L’idée d’un amour fusionnel est ici parfaitement représentée.
  • Tombent amoureux en lisant l’histoire de Lancelot et Guenièvre, l’homme tient encore un livre, c’est le seul détail qui rattache l’œuvre à Paolo et Francesca.
  • À part ce détail, ce qui compte surtout, c’est l’universalité du baiser ce ne sont plus Paolo et Francesca, mais l’Homme et la Femme qui s’embrassent.
  • On pourrait aussi souligner l’égale importance des deux protagonistes, ce n’est pas la représentation d’une femme s’abandonnant à l’ardeur d’une passion masculine.
  • Enfin, là aussi nous pouvons parler de symbolisme à propos de cette œuvre dont est de faire de la représentation du corps, l’évocation visible du monde invisible de l’esprit.

Ouverture possible pour compléter l’étude du Baiser
L’œuvre de Dante perd sa signification autour de 1900 tandis que le couple du Baiser devient l’un des thèmes favoris des artistes et écrivains. L’œuvre de Rodin marque un passage de l’iconographie classique à la représentation moderne de Paolo et Francesca, prête à s’émanciper de l’allégorie de Dante. Le couple devient l’archétype de l’amour et affirme l’autonomie du sujet sculpté.

Puis reprendre œuvre par œuvre et souligner les points suivants :

  • Le dessin : Le cercle des amours, 1880-81.
    Les élèves font un schéma de cette œuvre : quelles sont les lignes de force de ce dessin ?
    - Étude comparative : nous pourrions faire une comparaison avec une autre représentation (picturale celle-ci) de Paolo et Francesca :
    Arry Scheffer, Francesca da Rimini et Paolo Malatesta apparaissant à Dante et Virgile, Wallace collection, Londres, huile sur toile, 172,7 × 238, 8 cm, 1835. (Diapositive 12, en annexe).
    On retrouvera ici l’idée de fusion et de vol qui se trouvait dans les œuvres de Rodin. Cette peinture s’inscrit dans un rapport plus étroit avec le texte : nous voyons Dante et Virgile, l’espace infernal est suggéré, on observe les blessures des personnages qui indiquent la cause de leurs morts (par poignard), etc. Nous pourrions ici parler d’un rapport plus illustratif à l’œuvre.
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A.Scheffer, Francesca da Rimini et Paolo Malatesta apparaissant à Dante et Virgile,1855, Musée du Louvre, Paris
http://art.rmngp.fr

La métaphore du Baiser

B. Étude comparative avec le texte de Dante

Objectif  :
Comprendre la métaphore du Baiser.

  • Faire travailler les élèves sur les registres liés au sentiment amoureux, au destin tragique des personnages et à l’apport de la sculpture.
    - Par quels procédés le lien entre les deux amants est-il mis en valeur ?
    - Quels échos percevez-vous entre cet extrait et les différentes œuvres de Rodin étudiées ?

Œuvres travaillées :
Le Chant V de L’Enfer et les œuvres sculptées.

Extrait proposé du Chant V, l’Enfer  :

"Au seuil du second cercle, Dante trouve Minos qui juge toutes les âmes coupables.
Il entre dans le cercle où sont punis les voluptueux. Ils sont emportés dans un éternel ouragan. Dante reconnaît Françoise de Rimini ; elle lui raconte son histoire.
A ce récit, Dante, sous l’empire d’une émotion trop forte, tombe comme inanimé.

Dans le deuxième cercle ainsi nous pénétrâmes ;
Il enserre un enfer plus étroit, où les âmes
Dans les pleurs et les cris souffrent plus dur tourment.

Le farouche Minos grince au seuil de cet antre ;
Par lui chaque pécheur jugé sitôt qu’il entre
Aux replis de sa queue a vu son châtiment.

A peine devant lui l’ombre infâme est venue,
Elle montre au démon son âme toute nue ;
Et cet inquisiteur de nos péchés mortels

Voit quel gouffre d’Enfer est digne de l’impie ;
Et sur ses flancs sa queue en cercles arrondie
Mesure au condamné les cercles éternels.

La foule devant lui toujours se renouvelle ;
Approchant tour à tour, chaque âme criminelle
Parle, entend son arrêt, puis tombe et disparaît.

— « O toi qui viens ici dans ce funeste asile, »
Dit Minos, me voyant entrer avec Virgile,
Et comme interrompant son office à regret,

« Regarde bien à qui ton âme s’est livrée,
Et ne t’assure pas sur cette large entrée ! »

— « Pourquoi hurler ainsi ? Tes cris sont superflus,

Nous suivons un chemin prescrit, répond mon guide ;
« On l’a voulu là-haut ; et quand le Ciel décide,
Le Ciel peut ce qu’il veut. N’en demande pas plus. »

Dans cet instant j’ouïs des accents lamentables.
Nous étions arrivés dans les lieux redoutables ;
Déjà j’étais frappé par le bruit des sanglots.

Lieux muets de lumière, enceinte mugissante !
C’était comme une mer levée et frémissante
Quand des vents ennemis combattent sur ses flots.

Le souffle impétueux de l’éternel orage
Emportait les esprits comme au gré de sa rage,
Les roulant, les heurtant avec ses tourbillons.

S’ils venaient à toucher les parois de l’enceinte,
C’étaient des cris perçants de douleur ou de crainte,
Des blasphèmes au Ciel, des imprécations.

J’appris que ce tourment était fait pour les âmes,
Esclaves de la chair et des impures flammes,
Qui firent le devoir au caprice plier.

Comme on voit en hiver une bande serrée
De frêles étourneaux dans les airs égarée,
Tels ces pauvres esprits, d’un vol irrégulier,

Allaient, de ci, de là, promenés par l’orage.
Jamais aucun espoir pour reprendre courage ;
Nul repos, à leurs maux nul adoucissement.

Et tels des alcyons sillonnant les ténèbres
Volent en longue file avec des cris funèbres,
Tels j’en vis arriver gémissant sourdement,

Et de cet ouragan le jouet misérable.
— « Maître, fis-je, quelle est cette race coupable
Que fouette sans pitié le vent noir des enfers ? »

— « Cette ombre devant toi que tu vois la première, »
Me répondit le maître, est une reine altière
Qui jadis commandait à des peuples divers.

La luxure effrénée a dévoré sa vie,
Elle crut échapper à son ignominie
En mettant dans sa loi : le plaisir est permis.

C’est la Sémiramis qui, dit-on, chose infâme !
Avait nourri Ninus et qui devint sa femme
Aux lieux que le Soudan à ses lois tient soumis.

L’autre est cette Didon d’un fol amour touchée
Qui mourut infidèle aux cendres de Sichée,
Après vient Cléopâtre au cœur luxurieux. »

Après elle, je vis Hélène dont les charmes
Ont amené dix ans de forfaits et de larmes,
Achille aussi vaincu par l’amour furieux.

Je vis Pâris, Tristan,] bien d’autres, et Virgile
Me les montrait du doigt en les nommant par mille,
Tous par les feux d’amour avant l’âge expirés.

Lorsque j’eus entendu mon maître en son langage
Me nommer ces héros, ces dames du vieil âge,
La pitié confondit mes sens comme égarés.

— « Poète, j’aimerais adresser la parole
À ces deux ombres-là, couple enlacé qui vole
Et qui semble flotter si léger sous le vent. »

— « Attends, » répondit-il, « qu’elles soient rapprochées ;
Alors, par cet amour qui les tient attachées,
Tu les conjureras de venir un moment. »

Dès que vers nous le vent les eut comme inclinées,
Je m’écriai : « Venez, ombres infortunées,
Si rien ne le défend, oh ! venez nous parler ! »

Comme on voit deux ramiers, que le désir convie,
Tendre vers le doux nid l’aile ouverte, affermie,
Et, portés par l’amour, de par les airs voler.

Ainsi sortant des rangs où Didon se lamente,
Le couple vint à nous à travers la tourmente,
Si touchant fut mon cri, tant mon appel pressant.

— « O toi, » dit l’un, « aimable et bonne créature,
Qui viens nous visiter dans la contrée obscure,
Quand le monde est encor rouge de notre sang !

Si le Roi tout-puissant nous était moins contraire,
Nos vœux l’invoqueraient pour ta paix, ô mon frère,
Puisque ton cœur s’émeut au séjour malfaisant.

Tout ce qu’il vous plaira de dire ou bien d’entendre,
Nous pourrons l’écouter, nous pourrons vous l’apprendre,
Pendant que l’ouragan se tait comme à présent.

La terre où je naquis de la mer est voisine,
De la mer azurée où le Pô s’achemine
Pour y trouver la paix avec ses affluents.

Amour dont un cœur noble a peine à se défendre
Fit chérir mes attraits, aujourd’hui vaine cendre,
Le coup qui les ravit saigne encore à mes flancs !

Amour qui nous contraint d’aimer quand on nous aime,
De son bonheur à lui si fort m’éprit moi-même,
Que cette ardeur toujours me brûle, tu le vois.

Amour à tous les deux nous a coûté la vie ;
Mais la Caïne[ attend celui qui l’a ravie. »
L’air nous porta ces mots d » la plaintive voix.

Entendant ces douleurs, moi je penchai la tête,
Tenant les yeux baissés, tant qu’enfin le poète :
« Or à quoi penses-tu ? Pourquoi baisser les yeux ? »

Lorsque je pus répondre : « Hélas, âmes blessées !
Quels enivrants désirs, quelles douces pensées
Ont dû les entraîner au terme douloureux ! »

Puis vers eux me tournant : « Françoise, infortunée ! »
M’écriai-je, « mon cœur a plaint ta destinée ;
Le récit de tes maux me rend triste à pleurer.

Mais dis-moi, dans le temps des doux soupirs, pauvre âme !
Comment, à quoi l’amour vous révéla sa flamme,
Ces désirs qui d’abord n’osaient se déclarer ? »

Il n’est pas de douleur plus grande et plus amère
Qu’un souvenir des temps heureux dans la misère !
« Ton maître le sait bien, » me répondit la voix.

Mais puisque tu parais si désireux d’entendre
Comment dans notre cœur fleurit cet amour tendre,
Je parlerai comme qui pleure et parle à la fois.

Ensemble nous lisions l’histoire enchanteresse
De Lancelot épris d’amour pour sa maîtresse.
Nous étions seuls alors, innocents et sans peur.

Maintes fois soulevant nos regards de la page,
Nous nous rencontrions et changions de visage.
Mais ce fut un seul mot qui vainquit notre cœur.

Arrivés au passage où l’amant de Ginèvre
Baise enfin le sourire envié sur sa lèvre.
Celui qu’on ne peut plus me ravir, tout tremblant,

Se suspend à ma bouche et d’un baiser m’enivre.
Le Galléhaut[ pour nous fut l’auteur et son livre :
Et nous ne lûmes pas ce jour-là plus avant. »

Ainsi l’ombre parlait ; l’autre avec violence
Pleurait en l’écoutant et gardait le silence.
Et moi je me sentis mourir de son transport,

Et tombai sur le sol comme tombe un corps mort.

Dante, La Divine Comédie, Chant V de l’Enfer.
Traduction proposée par Louis Ratisbonne, 1970

La relecture de Liszt

C. La relecture de Liszt : épisode central d’Inferno

Étude musicale :
Étude comparative entre l’œuvre de Rodin et le passage qui évoque le couple Paolo/Francesca dans Inferno de Liszt.

Le passage correspond à la partie centrale du mouvement Inferno (environ à 6m00 selon les enregistrements, mesure 279).
- L’analyse musicale de ce passage est proposée dans les ressources complémentaires présentées en annexe.

Objectif :
Étude comparative entre le texte de Dante, l’interprétation sculptée par Rodin et l’interprétation musicale de Liszt.

Que font les élèves ?

Travail à partir du site de la Cité de la musique via le portail Eduthèque :
http://education.citedelamusique.fr/edutheque/Decouverte.aspx > rubrique "Thématiques"

  • 1. S’approprier et appliquer la méthode d’analyse du site de la Cité de la musique (qui ne concerne que le début de la Symphonie) :
    - Repérer certains éléments musicaux principaux et leurs caractéristiques (modes de jeux, les instruments requis, le duo instrumental, l’écriture en récitatif, les changements de temps...) afin d’établir des correspondances entre le texte de Dante et sa relecture musicale par Liszt.

La partition de Liszt est naturellement dense et l’épisode de Paolo et Francesca occupe une partie centrale assez copieuse. Nous proposons donc de se concentrer sur la première partie de cet épisode, ce dernier pourra ensuite être entendu dans son intégralité à la fin de l’analyse.

  • 2. En déduire l’interprétation proposée par Liszt et la comparer à celle de Rodin. Cette comparaison permettra d’affiner la définition de la musique à programme.

Compléments pour nourrir la réflexion des élèves

Fascination pour le texte de Dante que Liszt connaît depuis son enfance. Se plonge dans une lecture assidue de la Divine Comédie lors de son séjour en Italie avec sa compagne Marie d’Agoult dans le milieu des années 1830, qui donne naissance à une pièce pour piano, Fantazia quasi sonata, Après une lecture de Dante. A partir de 1847, il travaille à la composition d’une symphonie sur ce sujet qui voit le jour en 1856. Son ami Wagner a réussi à le dissuader de ne pas composer le 3e mouvement, Le Paradis, estimant « qu’il n’était pas dans les attributions humaines de décrire les splendeurs du paradis » (lettre du 7 juin 1855).

Attirance du compositeur pour les personnages torturés, qui sont amenés à vivre un parcours initiatique, à mener des combats quasi titanesques tels Hamlet, Mazeppa, Prométhée, Faust, Orphée….

Aspect autobiographique puisque Liszt a véritablement une "double personnalité", partagé entre l’extraverti, le virtuose qui parcourt l’Europe pour briller, le grand séducteur et l’introverti, celui qui est tourné vers une quête spirituelle et religieuse, malheureux en amour (en rappelant que cet aspect autobiographique est toujours très présent chez les compositeurs romantiques comme par exemple avec Berlioz dont les épisodes personnels de son existence nourrissent sa Symphonie Fantastique ou sa symphonie Harold en Italie).

Différentes citations de Liszt sur la musique à programme et sa fonction (là encore, il semble intéressant de convoquer des savoirs antérieurs et de comparer cette définition au genre instrumental expressif de Berlioz dont Liszt s’inspire, de la Symphonie Pastorale de Beethoven qui ouvre la réflexion sur la musique à programme au XIXe siècle en indiquant au début de la partition « Plutôt expression de sentiment que peinture », de revenir sur la musique descriptive du XVIII siècle en évoquant des œuvres connues comme les concertos de Vivaldi, les Quatre Saisons)

Annexe et Ressources

Annexe

DOSSIER DE DIAPOSITIVES

Les TraAM en histoire des arts Dante se jetant dans les bras de Virgile

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RESSOURCES COMPLÉMENTAIRES

Étude des quatre œuvres qui représentent des étapes vers le Baiser :

Le dessin : Le cercle des amours, 1880-81

  • Les traits des personnages ne sont qu’esquissés, ce n’est pas cela qui compte mais la dynamique de l’ensemble.
  • La dynamique des deux corps enlacés : jeu des courbes qui se croisent en s’élevant dans l’espace.
  • Comment l’encre blanche souligne cette dynamique en tranchant sur le fond brun et l’encre noire et sépia.
  • L’encre blanche indique la lumière : une sculpture c’est un volume qui joue avec la lumière, c’est déjà ce que l’on peut voir dans la dessin.
  • Les ombres noires des personnages les lient l’un à l’autre (idée de fusion).

La sculpture : Le couple enlacé, 1886.

  • Œuvre conçue spécifiquement pour la Porte de l’Enfer.
  • La composition, très verticale dans le dessin, tend vers l’horizontale avec le personnage masculin qui est couché tandis que la femme se penche vers lui pour un baiser.
  • Ce personnage allongé semble, en partie, se fondre avec la terre.
  • La sculpture apparaît comme une masse un peu lourde dont se dégagent en parties seulement les deux personnages.
  • Ces éléments connotent à la fois un amour fusionnel et la mort. Cela donne le sens d’un amour tragique, élément moins affirmé dans le dessin.

La sculpture : Paolo et Francesca, 1887.

  • Pour Rodin ce sont « deux ombres qui volent ensemble et qui s’abandonnent au vent dans leur course légère » : demander aux élèves de mettre en rapport avec l’œuvre.
  • Œuvre plus dynamique, mais s’inscrivant toujours dans l’horizontalité.
  • On retrouve l’idée d’enlacement exprimée par l’enroulement des courbes comme dans le dessin, mais ici à l’horizontal.
  • Les personnages semblent liés dans un tourbillon (un « vent ») qui les aspire vers le bas (= l’Enfer). Leur amour les lie dans une damnation commune.
  • Les reflets clairs sur le bronze sombre (« deux ombres ») pourraient être comparés aux parties à l’encre blanche sur le dessin : la lumière vient révéler le volume de l’œuvre et lui donner son dynamisme.

La sculpture : Le Baiser, 1887.

  • À ce point là, la sculpture devient indépendante de la Porte de l‘Enfer.
  • Il s’agit d’une sculpture en marbre en taille directe. Il est intéressant, de ce point de vue, d’observer les différences de traitement entre le socle et la partie principale, cette dernière étant lissée, très finie, tandis que le socle porte encore les traces des outils. On voit la sculpture se dégager du bloc de marbre (on retrouve ici l’idée du non finito).
  • Les corps sont attirés l’un vers l’autre par un mouvement puissant.
  • On retrouve la torsion et enlacement des corps, mais à la verticale comme dans le dessin.
  • Les lèvres ne se touchent pas : idée d’un instant suspendu et précieux.
  • Il faut, bien sûr, souligner l’érotisme de cette sculpture qui exprime de façon très direct la passion amoureuse : la posture des corps, l’intensité des expressions, le baiser lui même, etc.
    Impression de légèreté (personnages semblent flotter) et d’union des corps (se retrouvent dans un même volume) : ils semblent ne plus faire qu’un. L’idée d’un amour fusionnel est ici parfaitement représentée.
  • Tombent amoureux en lisant l’histoire de Lancelot et Guenièvre, l’homme tient encore un livre, c’est le seul détail qui rattache l’œuvre à Paolo et Francesca.
  • À part ce détail, ce qui compte surtout, c’est l’universalité du baiser ce ne sont plus Paolo et Francesca, mais l’Homme et la Femme qui s’embrassent.
  • On pourrait aussi souligner l’égale importance des deux protagonistes, ce n’est pas la représentation d’une femme s’abandonnant à l’ardeur d’une passion masculine.
  • Enfin, là aussi nous pouvons parler de symbolisme à propos de cette œuvre dont est de faire de la représentation du corps, l’évocation visible du monde invisible de l’esprit.

Ouverture possible pour compléter l’étude du Baiser

L’œuvre de Dante perd sa signification autour de 1900 tandis que le couple du Baiser devient l’un des thèmes favoris des artistes et écrivains. L’œuvre de Rodin marque un passage de l’iconographie classique à la représentation moderne de Paolo et Francesca, prête à s’émanciper de l’allégorie de Dante. Le couple devient l’archétype de l’amour et affirme l’autonomie du sujet sculpté.

Analyse musicale du passage central du mouvement {Inferno}.

Extrait du texte de Dante qui a servi de source d’inspiration pour la composition de cette page musicale  :

  • C’est un « lieu qui rugit comme la mer sous la tempête, quand elle est battue par des vents contraires. Un ouragan qui charrie des âmes qui crient et se lamentent, qui pleurent et blasphèment Dieu ; l’ouragan les heurte sans relâche. Tels des étourneaux qui battent des ailes en vol serré par temps d’hiver, ces ombres sont menées par le souffle violent, de haut en bas, dans tous les sens, sans jamais nul espoir de repos ni de réconfort. »

Liszt utilise une orchestration cristalline avec des violons avec sourdines et des flûtes traversières, combinés à des glissandis de harpes, des tremolos des cordes et des pizzicatos pour symboliser « le ballet tournoyant de ceux qui se sont aimés et ont trahis »

Récit de l’amour naissant entre Paolo et Franscesca

  • Ce ballet est subitement interrompu par le récitatif instrumental d’une clarinette basse, qui symbolise ici la rencontre entre le couple et Dante.
    - Rappel : le récitatif est une écriture musicale initialement vocale, qui cherche à imiter la voix parlée, qui est ici transposé à l’instrument. Cette mélodie se repère car elle adopte la souplesse rythmique de la voix parlée et elle est exposée à nue, sans aucun accompagnement.
  • La reconnaissance par Dante du couple maudit de Paolo et Francesca (tués tous deux par Francesco, le mari de Franscesca et le frère de Paolo) est ensuite symbolisée par un solo de cor anglais accompagné par la harpe, qui se métamorphose en duo (écriture en écho) entre l’association timbrique hautbois/flûte et l’association clarinette/ basson (les paroles accompagnent la mélodie sur la partition et en dévoile le sens caché) alors que progressivement, les autres instruments de l’orchestre se joignent à ce récit pour donner à entendre l’exaltation de la passion qui enflamme les deux personnages.
    (Paroles notées sur la partition : "Nessun maggior dolore, che ricordasi del tempo felice, nella miseri")